O BAZAR, UMA EDITORA ABERTA

PROJET DE MISE EN SCÈNE DES BACCHANTES, D’EURIPIDES

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SUR LA MISE EN SCÈNE

Par rythme, nous entendons le résultat de la conjonction des mouvements d’une zone scénique déterminée. Par intensité, nous entendons le niveau du rythme. Par alignement, nous entendons une même intensité présente simultanément dans deux ou plusieurs zones scéniques. Par contraste, nous entendons le dénivelé simultané entre intensités: à l’augmentation du rythme d’une zone scénique correspond la diminution du rythme de(s) l’autre(s). Tous sont des mécanismes d’amplification.

ENDODRAMATURGIE
– Le public pourra intervenir de sa propre initiative, à n’importe quel moment de la pièce, au-delà des moments suggestifs indiqués dans la mise en scène. S’introduit ainsi une ouverture à l’imprévisibilité de chaque public, en fonction de laquelle seront introduites des ruptures, des écarts et des variations.
– Il y aura deux ou trois acteurs infiltrés dans le public, non identifiables en tant que tels. Ils introduiront des variations événementielles à partir de la constante variable public. Si, par exemple, l’acteur infiltré a une suggestion pour un arrêt soudain dans la ZRituel, il s’approche des Bacchantes comme s’il était un spectateur hésitant et murmure des indications. Il y aura une communication endodramaturgique afin de rendre communicables les suggestions qu’il aura. Aucune action des spectateurs ne sera directement provoquée par les acteurs infiltrés. Leur fonction est d’assimiler la contingence et d’amplifier l’événement. Leur implication est indirecte et circonstancielle.

L’ESPACE
– Une arène géodésique fermée, délimitée, à l’intérieur, par des parois noires.
– Il y aura des portes tout autour de l’arène, qui serviront autant pour l’entrée et la sortie des acteurs que pour toute urgence pouvant survenir.
– Décor. Un circuit de miroirs où se déroulera l’action et où les spectateurs se déplaceront librement, pouvant s’impliquer, ou non, dans la pièce elle-même.
CONSTITUTION DU DÉCOR

(cartographie de la disposition des miroirs et du repérage des objets dans l’espace)
(Miroirs)
– Miroirs d’environ ~2m50. Miroirs plus grands (tournés vers le côté opposé à la zone scénique qu’ils pourraient réfléchir). Certains miroirs déformés / brisés.
(Couloir)
– Graisses solidifiées dans des coins déterminés, dans les couloirs circonvenants à la ZRituel.

[Zone de la Cité, Thébes (= ZThèbes)]
– Composition fragmentaire, plus clairsemée et contractée des miroirs.
– Odeur de rouille. Atmosphère asilaire.

[Zone de la Prison (= ZPrison)]
– Composition triangulaire des miroirs qui sont, à leur tour, composés de mosaïques triangulaires (VΛVΛ).
– Bougies de cire sombre à odeur de miel.
– Rampe en métal.

[Zone du Rituel = (ZRituel)]
– Zone plus vaste et moins réfléchissante – délimitée par des miroirs tournés à l’envers -, qui est aussi la zone où les actions sont les plus violentes. La température corporelle augmente là où la réflexivité diminue.
– Accessible par le couloir supérieur gauche et par la fragmentation des miroirs, au centre, en bas.
– Plaques de métal sur les trois miroirs les plus grands.
– Blocs d’argile de 15 kg marqués sur la cartographie. Chaque bloc est flanqué d’un baril d’eau sans couvercle. L’un des blocs contient une poche d’encre rouge à l’intérieur.
LUMIÈRE
– Instruments disposés dans l’espace ou transportés dès le début par les acteurs..
– Toutes les modulations de lumière seront mentionnées dans le corps de la mise en scène.
SON
– Instruments disposés dans l’espace ou transportés dès le début par les acteurs.
– Toutes les modulations de son seront mentionnées dans le corps de la mise en scène.
PERSONNAGES
– L’Étranger
– Blouse psychiatrique, en lin.
– Ménades Asiatiques
– Nébrides, tuniques (ou ceintures) de laine non foulée. Bruyère et feuilles mortes dans les cheveux.
– Thyrses à la main et flûtes tenues par un excès de tissu des tuniques.
– Une petite bourse de poudre de riz.
– Femmes Thébaines
– Vêtues de lin noir (le deuil prémonitoire de l’ordre de la cité). Masques.
– Bacchantes = Ménades Asiatiques & Femmes Thébaines
– Penthée
– Vêtements asiatiques (participant ainsi, indirectement, à l’origine étrangère de Dionysos), avec des motifs d’yeux de queue de paon.
– Agavé
– Voile et vêtements de lin blanc (blanc, parce qu’elle tue innocemment son fils). Cheveux lisses, blanchâtres, attachés et décoiffés.
– Cadmos
– Vêtement classique, comme ceux que l’on voit dans L’École d’Athènes (1509-1510), de Raphaël. Masque.
– Tirésias
– Costume semblable à celui de l’Étranger, revêtu de manteaux d’oracle d’une longueur allant du cou aux talons. Masque.
– Trois Gardes
– En uniforme militaire. Double manche permettant de dissimuler une camisole de force. Masques.
– Servants (représentés par des Bacchantes sélectionnées)
– Messager = Segundo Mensageiro
– Un ensemble de chiffons avec des encens cuits, comme une robe à piques.

MISE EN SCÈNE
(preliminaires)

– Chaque personnage entretient une relation particulière avec le dieu. Et toutes ces relations sont entrelacées de moments d’ambiguïté, où les personnages semblent tenter de former une image de ce qui se passe (l’aphasie du Messager, l’attente du retour indemne de Cadmos, la conversion progressive de Penthée, le mimétisme soudain des Trois Gardes, etc.).

– Les personnages thébains (Agavé, Femmes thébaines, Cadmos, Tirésias et le Messager), à l’exception de Penthée, seront initialement masqués. La relation particulière entre chaque personnage et le dieu se manifeste par les répercussions qui persistent de manière discontinue, après qu’ils auront retiré, ou après qu’on leur aura retiré, leurs masques.

– À aucun moment de la pièce les acteurs ne regardent directement les miroirs, à l’exception de Penthée et des Femmes thébaines, lorsque cela est explicitement indiqué. C’est précisément parce que Penthée regarde les miroirs qu’on pourra remarquer que les autres ne le font pas.

(lumières)
– ZRituel: douce, sombre, feu follet diffus dans toute la zone scénique. – ZThèbes: faisceaux épars de lumière d’un blanc psychiatrique.
– ZPrison: obscurité totale (à l’exception de la lumière des bougies allumées durant la pièce, il n’y aura aucune autre source d’éclairage dans cette zone).

(à l’intérieur de l’arène, avant l’entrée des spectateurs)

– Penthée circule dans la zone fragmentée entre la ZRituel et la ZPrison, avec les Trois Gardes (trois hommes en tenue militaire stricte, timides, à la fois curieux et soumis). Il marche avec superbe, entre de courtes haltes pour se regarder dans le miroir. Regard mort, cou tordu, le relève légèrement en diagonale, épaule droite et tête levées à droite, épaule gauche et tête levées à gauche. Pose avec la main comme pour ajuster son menton, à quarante centimètres du visage. Regard mort: il répète le même schéma, ajoutant à chaque répétition un nouveau mouvement ou une nouvelle expression, ou une variante des précédents (sourcil levé, vérification nerveuse de la dentition, etc.). Les Trois Gardes l’accompagnent, masqués, avec des expressions limbiques minutieuses, comme la position de la main et la rigidité des doigts, ou l’arche du cou, révélant une soumission accrue. Ils ne croisent pas les Femmes thébaines.
– Cadmos et Tirésias, dans le coin inférieur droit, de l’autre côté des miroirs latéraux du couloir gauche. Dans l’obscurité.

– Les Femmes Thébaines sont debout, tristes, figées, paralysées, immobiles, tournées vers les miroirs. Chacune éprouve des foyers de tension visiblement distincts.

– Agavé, au centre, comme la statue de Stefano Maderno, Sainte Cécile (1600).
Un faisceau de lumière blanche, comme de la poussière.

– L’Étranger, là-dedans, dans une salle à droite, le long du second couloir. Dans l’obscurité. Il souffre, entre gémissements gutturaux et cris secs, sans voix.
Il contracte le thorax et l’abdomen, recroquevillé sur lui-même, comme s’il tentait de résister à une attaque d’hypothermie, concentrant la chaleur par la tension. Respiration étrangement calme, rythmée.

(prologue)

Les portes s’ouvrent. L’Étranger commence à déclamer le prologue (vv. 1 – 162) au moment où les derniers spectateurs entrent, dans la première salle miroitée à droite du second couloir.
Les Ménades Asiatiques sont dehors. Elles se touchent, rient, bougonnent, se blessent “sans le vouloir”, enthusiasmées. Le bruit extérieur annonce ainsi l’arrivée du dieu à ceux qui l’entendent depuis l’intérieur de l’arène.
L’Étranger termine le prologue dans un suspense éraillé (“tomar pa-arte nas suas da-a-anças”, v. 167). Vingt secondes plus tard, les Ménades Asiatiques entrent, une à une ou par paires, par les deux couloirs, inaugurant ainsi l’intransigeance de leur rôle. Elles rôdent autour de l’Étranger, dans la salle miroitée où il se trouve et à l’extérieur, dans l’espace qui s’ouvre lorsqu’elles traversent les couloirs. Elles respirent à un rythme d’hyperventilation. L’une d’elles émet le premier écho, le cri d’un oiseau. Les autres commencent progressivement à imiter des sons d’oiseaux divers, de durées et volumes différents, en alternance, formant ainsi une sorte d’appel (certaines résonnent plus fort que d’autres, et à mesure que la séquence ou l’alternance entre elles s’accélère et s’entrecoupe, le volume augmente, mais demeure toujours disparate). L’Étranger se régénère, résonne avec elles, son corps reprend du poids, de la consistance, de l’autonomie.

Lorsqu’il commence à se lever, les Ménades Asiatiques se dispersent vers la ZThèbes.

Contraste
– L’immobilité des Femmes thébaines. L’intensification des échos des Ménades asiatiques.

L’une d’elles rejoint Agavé, allongée au sol, et lui retire doucement les voiles du visage. Elle lui touche les membres et, solennellement, répand de la poudre de riz sur son corps.
Les autres Ménades Asiatiques retirent les masques des Femmes Thébaines et les posent à terre. Ces dernières, à leur tour, se dévêtent lentement, sur place.
Certaines ne gardent qu’un sous-vêtement visiblement confortable, d’autres se tiennent totalement nues.
Les Ménades Asiatiques forment de petites sphères de trois éléments – sphères moléculaires – qui se dirigent vers la ZRituel par les deux couloirs.
Organismes vivants, lents et rampants, sans autre craquement sonore que celui de leurs corps.
Elles ne croiseront ni Penthée ni les Trois Gardes.
Les Femmes Thébaines, toujours sur place, commencent à bouger lentement, comme si elles se réveillaient d’un rêve inconfortable, absorbées, lentes, pendulaires. Elles chantent, en dissonance, des petites mélodies qu’elles répètent à mesure que leurs muscles s’assouplissent. Elles sont attirées, une à une, par les sphères qui se forment — et forment, entre elles aussi, des sphères de trois.
Agavé est la dernière à se redresser, et se dirige seule vers la ZRituel. Ses pas sont lents et serrés. Du tronc vers le haut, elle paraît désorientée. On dirait qu’elle tente de crier.
Cadmos et Tirésias frappent le sol avec leurs thyrses pour marquer l’arrivée des Bacchantes dans la ZRituel. Tous deux entonnent de courtes phrases incantatoires et demeurent dans leur coin.
Les Bacchantes, désormais dans la ZRituel, forment une sphère commune, métabolique – un organisme vivant produit par l’articulation plastique de leurs corps.

Contraste
– La souffrance de L’Étranger à l’entrée. L’inconscience fière de Penthée. La désorientation d’Agavé. La choréographie rigoureuse des sphères s’acheminant vers la ZRituel.

(première intervention du Choeur et détention de certaines Bacchantes)
L’Étranger se dirige vers la ZRituel, clandestinement, comme s’il tentait de ne pas être vu. Son entrée convulse le groupe des Bacchantes, qui prononcent alors les répliques du Chœur (vv. 64 – 167), arrachées à la gorge, à des rythmes dissemblables et douloureux, sur un ton contenu, se forçant à une dense neutralité, sans la moindre trace de moquerie ni de rire.

Penthée, dans la ZThèbes, accompagné des Trois Gardes. Son vêtement imposant et sa marche compassée contrastent avec sa curiosité et sa servilité, avec son caractère d’” âme passive”. Il continue de s’admirer dans les miroirs.
Les Trois Gardes se dirigent vers la ZRituel pour arrêter les Bacchantes.
L’Étranger, avant leur arrivée, se retire calmement de la sphère, regarde les Trois Gardes avec ambiguïté et les invite à l’arrêter. Certaines Bacchantes sont capturées indistinctement – aussi bien les Ménades venues avec le dieu que les Femmes Thébaines. Agavé reste isolée de la sphère et hors du champ de vision des Trois Gardes.
Les Trois Gardes les arrachent à la sphère. Celles qui sont capturées le sont parce qu’elles n’ont pas résisté. Celles qui ont résisté, les dents découvertes malgré leur visible absorption, les yeux retournés dans toutes les directions, tentent de leur arracher les masques. Quand elles y parviennent enfin, elles sont aussitôt laissées.
La réaction des Trois Gardes au dévoilement évoque, soudainement et hystériquement, une succession des expressions que Penthée avait eues en se regardant dans les miroirs. C’est ici que commence la possession mimétique des Trois Gardes par le dieu: tantôt condamnés à reproduire, calmement et doucement, comme s’ils découvraient leur propre corps, les gestes braves et les expressions de Penthée; tantôt condamnés à reproduire hystériquement les gestes calmes de l’Étranger; tantôt à reproduire les expressions des Bacchantes qui leur ont résisté. Ce sont des sculptures modelées en chair vive par le dieu: l’hyperbolisation cruelle de l’habitude comme servitude involontaire, et la reproduction mimétique consciente comme condamnation et supplice.
Lorsque les Trois Gardes regardent les spectateurs, ils se désorientent, comme s’ils tentaient de demander de l’aide sans cesser leur mimétisme, suggérant ainsi leur pleine et implacable conscience en pleine possession. Ils ont été réduits au témoignage de leur propre corps.
La sphère ne se défait pas pendant la détention; au contraire, elle s’adapte à l’amputation de ses membres capturés, amplifiant les gémissements, les contorsions, la certitude des gestes, dans un état ambigu entre la joie sarcastique – comme si elles savaient que rien ne les arrêterait, pas même celles qui sont emprisonnées – et une plainte.
Elle se transfigure pour demeurer vivante.
Certains corps sont laissés en arrière et rampent pour y retourner.
Les actrices la font palpiter, sans aucun son autre que la respiration et le choc des corps au sol pour la mouvoir ou la reprendre dans sa transfiguration.
Penthée demeure dans la ZThèbes pendant la détention, nerveux, agité, se préparant à ce qu’il dira à l’Étranger; il murmure pour lui-même les mots justes, s’embrouille, se répète, oublie les raisons de la condamnation qu’il va prononcer, s’en souvient à nouveau, et ainsi de suite. Devant le miroir, il s’exerce à des regards, gestes, poses, alignements dissimulés entre le corps et le discours.

Contraste
– Détention dans la ZRituel. Préparation discursive de Penthée.

Les Trois Gardes emmènent les Bacchantes capturées et l’Étranger vers la ZPrison. L’Étranger semble les guider, car les Trois Gardes marchent derrière elles.
Agavé rejoint la sphère.
L’un des Gardes allume les bougies, avec un briquet Bic, non sans mal. Il se brûle les doigts et recommence.
L’Étranger demeure immobile dans la ZPrison.

Chacun des Trois Gardes se tient à l’une des trois sorties de la ZPrison, tourné vers lui-même, sans jamais regarder directement son reflet. Cette fois, ce sont les mouvements et expressions des prisonnières qu’ils imitent, sans les regarder une seule fois.
Les Bacchantes dans la ZPrison: l’érotisme tragique, sans résolution apparente pour qui les contemple, car elles feignent depuis le début. Le rire fait trembler; l’approche et le toucher répugnent. La réversibilité des rôles – entre supplice et jeu.
Elles se frappent la bouche en coupant le son, éloignant peu à peu la main et poursuivant le bruit avec le claquement des lèvres. Elles frappent la rampe de métal avec les thyrses et le griffent avec leurs ongles. Elles murmurent entre elles. Les autres simulent être troublées par le son du metal, et scandent des prières hâtives. Peur soudaine: un éclat de rire forcé éclate trop tôt. Elles se regardent avec un regard lubrique, ironizant.
Paniques et sensuelles, elles marquent le corps les unes des autres avec la cire sombre des bougies qui éclairent la ZPrison. Elles représentent les Gardes, leur montrant du doigt les dessins de cire inscrits dans le dos et sur la poitrine des autres, riant à gorge déployée. Elles se couvrent les yeux, le visage et la bouche devant leurs propres supplices et jeux. Elles rient en se blessant.
Leurs rôles se renversent également dans l’interaction directe avec les spectateurs.
Elles se taisent soudainement.
Elles imaginent des rituels avec les doigts, accompagnés de grimaces.
Et cela recommence.

Contraste
– La sphère palpitante et silencieuse dans la ZRituel. L’extase ambiguë et continuellement réversible dans la ZPrison.

(accusations de Penthée)
Cadmos et Tirésias rejoignent Penthée. Ils prononcent leurs vers (vv. 170 – 214) comme deux ivrognes joyeux, se soutenant l’un l’autre. Penthée, d’abord indifférent à leur présence, les condamne ensuite pour avoir défendu et voulu participer au rituel dont il refuse de reconnaître la légitimité divine.
– (Vv. 250-52) Penthée accuse Tirésias; (Vv. 253-54) Il s’emporte contre Cadmo; (Vv. 255-63) De nouveau contre Tirésias. Cadmo et Tirésias sont masqués, et donc doués d’une inexpressivité intimidante.

Les Bacchantes emprisonnées se libèrent définitivement lorsque Penthée proclame les vers 227–228 et déclare, fier de lui, à Cadmos et à Tirésias, avoir déjà “attrapé quelques-unes” (“ter já apanhado umas quantas”).
Trois des prisonnières demeurent dans le couloir qui mène à la ZRituel.
Les autres retournent dans la ZRituel.

Les trois Bacchantes restées dans les couloirs prononcent les paroles du Choeur (vv. 263 – 65):
“Qu’imp! Qu’impied! Qu’piedim! Hógáss! Pssássá! Qu’impiedade! Estrangeiro, não tens revé-revé-vér-vér-reverência pelos deuses e por Cadmo, que semeou a-seara a-sara a-seara nascida da terra? E, sendo filho de Équion, envergonhas a tua linh-linha-inhal-linhagem?”

L’esprit persécuteur de Penthée est ainsi tourné en dérision par les prisonnières.
C’est lui, désormais, “l’Étranger” auquel elles s’adressent.
O Estrangeiro demeure dans la ZPrison. Les Trois Gardes, absorbés dans leur mimétisme, continuent à imiter lentement les expressions fugitives des Bacchantes, se remodelant sans cesse. Ils ne cessent de se faire et de se défaire.

La sphère métabolique se dissout lorsque certaines des Bacchantes emprisonnées regagnent la ZRituel.

Elles commencent à jouer des instruments de percussion et des flûtes, accompagnant à distance les dialogues qui se déroulent dans la ZThèbes, avec des arrêts soudains marquant des intervalles mesurés. La chorégraphie de celles qui ne jouent pas d’instruments est lente, affirmée, disjointe – composée de gestes précis et minimalistes, mais qui s’infusent les uns dans les autres.

Alignement
– Percussion et flûtes dans la ZRituel. Dialogues dans la ZThèbes.

Dans le couloir, les trois autres Bacchantes se cachent aux emplacements encore pour marquer.

Dans la ZThèbes, Cadmos tente d’appeler Penthée à cette étrange raison – la raison bacchique: (“Junta-te a nós, e presta honras ao deus”, vv. 342-43).

Penthée ordonne de punir Tirésias, mais rien ne se produit.
Son décret de châtiment, toutefois, préfigure la manière dont il sera mis à mort par les Bacchantes (vv. 347-49):

“(…) vire-o do avesso, espalhando tudo, sem distinção, para cima e para baixo, e abandonando as suas fitas sagradas aos ventos e às tempestades.”

Penthée s’adresse aux Trois Gardes (vv. 351 – 57), sans se rendre compte qu’ils ne sont plus là. Il écume de la bouche, pleinement conscient du fait qu’il résiste à la tentation dionysiaque, au pouvoir de la divinité qu’il nie tout en la sentant en lui.
Il s’essuie vivement, désorienté par la conscience même de sa propre colère. Pourquoi cette réaction avant même d’avoir été en présence de l’Étranger? Parce que la raison imperméable et distordue de Penthée, exposée dans les dialogues, consolide sa position – et parce que sa logique perturbée rend les choses plus réelles avant même qu’elles ne le soient.

Tirésias retire son masque. Il le tient au bras, qui restera avec lui jusqu’à la fin de la pièce. Il prononce les vers vv. 358-369, avec une souveraineté presque éthérée: son autorité mystique s’incarne indirectement. Son cou se raidit, ses paupières ne tremblent pas, et il parle d’une voix plus enivrante qu’autoritaire.

Cadmo et Penthée le regardent, inexpressifs.

PARALYSIE TOTALE dans l’arène pendant neuf secondes.

Les faisceaux de lumière de la ZThèbes s’étendent sur la zone scénique.

Dans la ZRituel, la lumière vacille.

(intervention du Choeur)
Les Bacchantes s’électrisent dans la ZRituel. Les voix se libèrent. Les paroles du Choeur alternent entre les actrices, comme si quelque chose leur avait été révélé, disparaissait aussitôt, et qu’elles se précipitaient à l’invoquer. Les thyrses frappent. Elles se frottent le visage et le corps avec de l’eau. Elles piétinent l’argile au sol, et s’y plongent. Agavé, au centre, est fécondée par l’argile (bloc d’argile contenant la poche d’encre). Des cris ambigus – entre la douleur de l’enfantement et l’extase de la libération corporelle. Un cercle de Bacchantes se forme autour d’elle, les mains jointes.
Autour du cercle, certaines dansent seules, d’autres à deux.
D’autres encore se transfigurent avec l’argile, devant les grands miroirs.
Les Bacchantes qui se trouvent devant les miroirs les plus grands y resteront jusqu’à la dispersion des femmes dans l’espace.
Tirésias et Cadmos se dirigent vers la ZRituel, s’appuyant l’un sur l’autre.
Cadmos dépose affectueusement son masque au sol avant d’entrer dans le couloir, insinuant ainsi son intention de revenir. Les Bacchantes cachées dans le couloir se moquent d’eux, leur font des révérences tout en émettant des sons aigus et éraillés.

L’une d’elles se dirige vers la ZThèbes. Accroupie, elle se redresse progressivement pour commencer la dissimulation de son rôle de Servante.
Cadmos ne communique pas directement avec les Bacchantes. Il n’intervient pas dans leurs chœurs. Son interaction avec elles est purement physique et manifestement affaiblie. Déplacée. Se laisse ainsi deviner une résistance particulière à son implication dans les rites dionysiaques.
Tirésias remplira sa fonction de “réceptacle” jusqu’à la fin de la pièce, entre les deux couloirs qui ne mènent nulle part à l’intérieur de la ZRituel.
Penthée ordonne à la Servante d’aller chercher l’Étranger. Les Trois Gardes de la ZPrison interrompent soudainement leur mimétisme, conservant l’expression qu’ils imitaient en dernier.
Apparaît la Servante qui, en croisant les spectateurs, insinue sa tâche de dissimulation par des regards alarmés et des signes de silence.

Contraste
– L’intensification argileuse et explicite dans la ZRituel. La stabilisation de Penthée dans la ZThèbes. Le mimétisme des Trois Gardes dans la ZPrison.

(premier dialogue entre Penthée et l’Étranger)
Le dialogue se déroule dans la ZThèbes.
La Servante reste aux côtés de l’Étranger, comme si elle était réellement au service de Penthée.
Penthée s’adresse à l’Étranger avec sévérité (vv. 451 – 60). Les expressions le plus élogieuses sont alternées par de courtes pauses. Les réponses de L’Étranger alternent entre lui et les Bacchantes situés dans les couloirs [Bacchantes: vv. 468 / 470 / 474 / 478 / 482 / 490 / 500; Étranger: vv. 468, 472, 476, 480, 484, 486, 488, 492, 494, 496, 498
Penthée est momentanément paralysé par les paroles des Bacchantes, et ses réponses se prononcent sur un ton somnambulique.
Lorsqu’il répond directement à l’Étranger – qui garde une calme ambiguïté – il devient hâtivement assertif. Il se reprend, maladroitement.
Penthée appelle les Servantes (v. 509). Les deux autres Bacchantes situées dans les couloirs se réunissent pour arrêter à nouveau l’Étranger. Le mécanisme ridicule, bureaucratique avant la lettre, de ces arrestations reflète la cécité progressive de Penthée. Elles répètent la marche accroupie, de plus en plus droite, en direction de la ZThèbes.
La dissimulation du rôle de Servante par les trois Bacchantes est expressément ironique, tant par la force et la discipline avec lesquelles elles incarnent ce rôle que par le caractère méticuleux de leur simulation. Elles traitent l’Étranger avec sévérité et conservent un regard sérieux, durci, traversé de légères expressions sensuelles et de subtils signes d’un sarcasme incontinuel, dirigé vers le public.
Elles le ramènent à la ZPrison.

Contraste
– La continuité intensive dans la ZRituel. La dissimulation ironique des Bacchantes dans la ZThèbes.

(intervention du Choeur)
Les repliques du Choeur (vv. 519 – 75) sont dites par les Bacchantes dans la ZRituel, sur un ton élégiaque, selon une dynamique sonore de chiaroscuro.
Certaines portent des masques d’argile qui leur couvrent le visage, modulant ainsi leur voix et l’inintelligibilité du discours. D’autres, sans argile sur le visage, prononcent leurs phrases avec rigueur, clarté et diction.
On entend un os craquer.
Agavé pousse un cri aigu.
L’accouchement est interrompu.
Les Bacchantes se dispersent en cercle.
L’une d’elles reste auprès d’Agavé, la recueillant dans ses bras.
Les autres, hésitantes, se rapprochent à nouveau.
S’ensuivent des gestes ondulatoires, des chants ululants, des rythmes possédés et des chorégraphies disjointes.
Les Servantes murmurent, ironiquement, à voix basse, conscientes que dès qu’elles partiront, l’Étranger se libérera. Elles l’abandonnent dans la ZPrison et reviennent à la ZThèbes.
Elles rejoignent Penthée: ce sont les derniers moments de leur dissimulation en tant que Servantes. Elles le conduisent jusqu’à un paravent de miroirs, où il médite très calmement sur ce qui vient de se passer, puis les envoie promener.

(dialogue entre le Choeur et l’Étranger)
Les premières répliques du dialogue entre l’Étranger et le Chœur (vv. 576 – 642) sont vociférées par l’Étranger sur un registre jusqu’alors inédit.
Le Chœur, cette fois, est incarné par les Bacchantes qui simulaient le rôle des Servantes – et qui achèvent ainsi leur spectacle privé.
Elles se précipitent les unes contre les autres, tremblantes d’adoration, et courent dans toute la cité.
Elles se rendent à la ZPrison et tournent autour des Trois Gardes, qui reprennent le mimétisme lent des expressions fugaces des Bacchantes qui les entourent. Ils ne font rien d’autre qu’imiter, lentement et vainement, les gestes frénétiques de ces femmes.
L’Étranger, au centre, esquisse subrepticement la chorégraphie du bacchanal pénitentiaire.
Le dialogue se déroule au milieu de ces mouvements.

Penthée, dans la ZThèbes, seul et désorienté. Comme s’il se lavait le visage jusqu’à l’écorchure pour se réveiller. Il cherche un reflet différent, essaie les miroirs qui, jusqu’ici, le réjouissaient de lui renvoyer l’image qu’il avait de lui-même. La sensation de graviter vers l’esprit dionysiaque, la conscience de sa faiblesse et de son dépérissement progressif deviennent trop claires. Il se craint lui-même.

Contraste
– La ronde frénétique dans la ZPrison. La peur de Penthée face aux miroirs dans la ZThèbes.

Alignement
– La ronde frénétique dans la ZPrison. L’intensification du rituel dans la ZRituel.

L’Étranger interrompt le délire dans la ZPrison et se rend à la ZThèbes.

Les Bacchantes qui s’y trouvent se dispersent dans la ZThèbes, sans passer dans le champ de vision de Penthée. Elles célèbrent avec les spectateurs, silencieusement et intensément, la transe bacchique (ces Bacchantes, jusqu’au moment où l’une d’elles sera appelée à travestir Penthée, interagiront avec les spectateurs – sans jamais franchir cette limite: Penthée ne doit pas les voir, aussi proches soient-elles de lui.)
Cette interaction intégrera des mouvements d’attraction — rires qui charment, murmures aux oreilles des spectateurs — et des mouvements de répulsion – accès de démence spontanée, ou soudain méconnaissance de ceux qui, à l’instant, semblaient nous impliquer.
Les Trois Gardes continuent d’éprouver leurs membres, tensions corporelles et expressions faciales, imitant ce qu’ils voient chez les femmes qui les entourent.
À cela s’ajoute la voix: tout son émis est entrecoupé, mais amplifié par un timbre aigu, strident et paniqué.
Penthée prononce les vers 642–644 lorsqu’il est pris de sursaut en voyant l’Étranger.

(deuxième dialogue entre l’Étranger et Penthée)
Penthée se réoriente. L’Étranger donne de subtiles indications laissant entendre qu’il sait que Penthée lutte contre ses charmes. Penthée s’en aperçoit, et ce soupçon le fait plonger dans une démence à combustion lente que, jusqu’ici, sa froide rationalité avait permis de dissimuler.

(entrée du Messager)
Les faisceaux de lumière dans la ZThèbes, sur Penthée et sur le Messager, semblent manquer leur cible.
Lorsque le Messager entre, le délire dans la ZRituel se maintient, mais sans musique. Des voix, ivres et mutilées, résonnent à peine: seul un tremblement subsiste, dû au poids et à la lenteur de leurs mouvements.
Le Messager entre précipitamment, craignant Penthée, tremblant d’incertitude face à la réaction qu’il aura en apprenant les nouvelles qu’il apporte.
La lumière vacille dans la ZThèbes.

Dans la ZRituel, la lumière concentre excessivement sur les Bacchantes qui se transfigurent dans les grands miroirs.
Son discours commence de façon relativement claire, malgré son agitation – à quoi Penthée répond docilement (vv. 660–676). Mais son long discours (vv. 678–773) glisse peu à peu vers un état d’aphasie, noyé de répétitions, qui deviennent la seule partie intelligible du propos. (L’impossibilité de communiquer rationnellement la fureur bacchique, la clarté mnésique que ses mots suggèrent et qu’ils conjurent en même temps.) L’inintelligibilité croissante du discours sera proportionnelle à l’insistance des répétitions. Seront répétés – et quelques-unes d’entre eux deviendront imprononçables – les passages suivants:

“Para as desembaraçar do sono / Novas e velhas, e virgens indómitas / as que tinham desejo / caía gota a gota o doce mel / juntámo-nos / à hora marcada / nada ficava imóvel / Fugimos então e livrámo-nos de sermos dilacerados pelas Bacantes (silêncio relativo e repentino. Aqui torna-se impossível pronunciar as outras palavras) / pássaros arrebatados pela sua própria velocidade / Tudo quanto punham aos ombros, sem estar amarrado, não caía no solo negro, ainda que fosse bronze ou que fosse ferro. Levavam fogo nas suas madeixas, e elas não ardiam.”

Le Messager termine son discours et s’enfuit de la ZThèbes.
Il se perd dans les couloirs de miroirs et s’effondre. Il reste au sol, prostré. L’un des Trois Gardes interrompt son mimétisme, s’approche du corps du Messager et allume, apathique, les encens fixés à ses vêtements. L’apparition se décompose sous les yeux du public. Le Garde retourne à sa position dans la ZPrison et reprend le mimétisme.

Les deux autres des Trois Gardes prononcent les vers du Chœur (vv. 775 – 777), comme s’ils étaient réellement effrayés:
“Temo falar assim diante do soberano, mas, mesmo assim, falarei: Diónisos não fica abaixo de nenhum outro deus.”

Les peurs de Penthée étaient déjà ceux des Trois Gardes. Leur mimétisme se dédouble et devient pur effroi.

Contraste
– La précipitation et l’aphasie du Messager dans la ZThèbes. L’épaississement silencieux dans la ZRituel.
Alignement
– La précipitation et l’aphasie du Messager. La peur qui s’empare des Gardes dans la ZPrison.

(tentation de Penthée)
Penthée donne des ordres à des gardes qui ne sont plus là.
Les Trois Gardes, particulièrement réactifs, semblent attendre que quelqu’un les punisse pour ne pas avoir exécuté les ordres du roi.

Dans ce dialogue, Penthée commence déjà vaincu. Lorsqu’il menace d’avoir recours à la brutalité armée pour mettre fin à… on ne sait trop à quoi, car aussitôt après, il est séduit par l’Étranger (v. 810):

“eh! Querias vê-las…”

Penthée docile, vulnérable, subitement converti.
Un voyeur aspirant au statut de visionnaire.

Les lumières psychiatriques de la ZThèbes rougissent progressivement. Leur rougeoiement coïncide avec leur fragmentation en faisceaux asymétriques, de plus en plus petits.
L’augmentation de la température les fait éclater.
La lumière dans la ZRituel paraît déplacée. Elle se concentre sur le revers noir des miroirs. L’intérieur de cette zone scénique est abandonné par la lumière.
L’une des Bacchantes qui interagit avec les spectateurs s’approche de Penthée et l’emmène vers la ZPrison, où elle retire ses tuniques pour que Penthée se travestisse. Elle dépose les vêtements sur la rampe métallique, sérieuse et sans affect. Elle s’éloigne, et Penthée se travestit lentement, timide, faussement discret et étrangement fier de soi.
L’Étranger s’approche des miroirs qui séparent la ZThèbes de la ZRituel, et prononce les versvv. 847 – 61.

Les trois Bacchantes qui interagissent avec les spectateurs serpentent parmi eux et les suivent partout où ils vont. Entre claquements de langue et gémissements bas et éraillés, elles chantent des fragments de ce qu’Agavé dira.

Agavé est accompagnée des paroles du Choeur (vv. 862 – 910), chantées par les Bacchantes. Agavé est l’excès de matière brute. Sa voix s’amplifie jusqu’à éclater sa langue. Les Bacchantes sont son revêtement libidinal: elles y infusent sérénité et ironie, introduisant une ambiguïté expressive dans les mots qu’elles chantent.
Une fausse traduction, qui renforce la solitude hurlante d’Agavé.
(Agavé = MAJUSCULES / Bacchantes = minuscules)

Lumière: stroboscope à 1 Hz dans toute l’arène. Alternance entre les extrêmes de température (rougeâtre – blanc – rougeâtre).

“KÁTÁ MÉRÚ DÉ KÁLÚPSÁSS / Quando será que dançarei toda a noite
DÉCZÁ TÓ KÁLÁ KRÚ-UCÉ / de pés descalços, em êxtase,
NÉDÚOSS TÉ RHUN NÉSSÚ / lançando para trás o colo,
ÓRGHIA-ANANGKAÍSSÍ / para o ar orvalhado,
ÓRGHIA-ANANGKAÍSSÍ / como um gamo que folga
TÉ RHÚ DIÓNÚSSON KÁTÁGOÚSSAI / na verde alegria do prado,
MÁKAR ÓSTIS ÁNEANTRODÓMAI / quando escapou da caça perigosa,
ÓRGHIA-ANANGKAÍSSÍ / liberto do aro vigilante,
ÓRGUIA ANANGKAÍSSÍ / passadas as bem tecidas redes,
LÉBGHRÚN À FÉRRÁSS / e quando o caçador, com seus gritos,
RHU? / faz estugar o passo dos mastins?
KRÚ-ÚCHÉ / Em correrias esforçadas e em velozes
KRÚ-ÚCHÉ / Rajadas galopa pela planura
Ó CIÓSS RHORÉSSI / à beira do rio, sorvendo o prazer
ÁGUIÁS KÁTAGOHÚSSAI / dos lugares desertos de homens e de rebentos
de umbrosas folhas da floresta.
EU ÁDZÓ MÉNÁ / O que é a sabedoria? Ou que dádiva mais bela
NÉDUÓSS ÉK BÓLÓI MATER / dos deuses, aos olhos dos homens,
RHON GÁRHÁN ÉKSSÓ / do que manter a mão segura
TMULÓN PSSÁSSÁ RHŒ / Sobre a cabeça do inimigo?
KATÁRMOIMÁ TROSS RUBÉLASS / O que é belo é sempre estimado.
KRUCÉAÍSSIN ANIKKA / Custa a avançar; mesmo assim
ÓRGUIA ANANGKAÍSSÍ / pode confiar-se
ÓRGUIA ANANGKAÍSSÍ / no poder divino. Exige contas aos mortais,
RHU? / àqueles que prestam culto à intransigência
Ó CIÓSS / E, com desvairado pensar,
MÁKAR KISSÚ TÉ ORESSI / não fomentam as honras divinas.
USSI KRAKAM ISSEROTÉ? / De maneira subtil ele oculta
(silêncio de Agave, porque o Coro preconiza, em linguagem simbólica, a condenação de Penteu) / a longa passada do tempo
dando caça ao ímpio. É que jamais
deve conhecer-se ou praticar-se
algo que esteja acima das regras.
Pequeno é o esforço de ver
que aí reside a força,
aí, no divino, seja ele qual for,
No que ao longo do tempo é tido
Por lei perene, na natureza fundada.
EU ÁDZÓ MÉNÁ / O que é a sabedoria? Ou que dádiva mais bela
NÉDUÓSS ÉK BÓLÓI MATER / Dos deuses, aos olhos dos homens,
RHON GÁRHÁN ÉKSSÓ / do que manter a mão segura
TMULÓN PSSÁSSÁ RHŒ / Sobre a cabeça do inimigo?
KATÁRMOI MÁTROSS RUBÉLASS / O que é belo é sempre estimado.
KÁTÁ MÉRÚ DÉ KÁLÚPSÁSS / Ditoso aquele que, do mar, esquivou
DÉCZÁ TÓ KÁLÁ KRÚ-UCÉ / a borrasca, e o porto alcançou.
NÉDÚOSS TÉ RHUN NÉSSÚ / Ditoso aquele que ao sofrimento venceu.
ÓRGHIA-ANANGKAÍSSÍ / De modos diversos superam
ÓRGHIA-ANANGKAÍSSÍ / os outros em ventura e poderio.
TÉ RHÚ DIÓNÚSSON KÁTÁGOÚSSAI / Há ainda esperanças às miríades,
MÁKAR ÓSTIS ÁNEANTRODÓMAI / para miríades de seres; há
ÓRGHIA-ANANGKAÍSSÍ / as que se cumprem no bem dos mortais
ÓRGUIA ANANGKAÍSSÍ / e há as que se desvanecem.
(silence d’Agave. Immobile. Effondrement.)
Àquele que, no dia a dia, goza de uma vida
ditosa, a esse felicito.“

Dans la ZThèbes, la lumière redevient blanche, psychiatrique, tremblante, vacillante.
Dans la ZRituel, la lumière reparaît déplacée. Elle se concentre de nouveau sur le revers noir des miroirs délimitant la zone scénique.

(dernier dialogue entre Penthée et l’Étranger)
L’Étranger rejoint Penthée dans la ZPrison.
L’Étranger, toujours de dos, tandis que Penthée hallucine à l’intérieur de la ZPrison (v. 918-19):

“Parece-me que avisto dois sóis e duas Tebas, duas cidadelas com sete pontas”.
Ils communiquent en se voyant à travers les miroirs.

(mission de surveillance. dialogue entre le Choeur et le Messager. preliminaires de l’éparpillement)
Penthée commence sa “mission de surveillance”. Il passe par l’accès fragmenté entre la ZRituel et la ZThèbes. Il explore les angles spéculaires et ne les regarde jamais directement. Les Bacchantes insinuent au spectateur qu’elles savent que Penthée les regarde.
Les Bacchantes, courant en cercles autour d’Agavé.
Agavé, au centre.
Les Bacchantes qui ne courent pas chantent en harmonie, dans une illusion auditive d’ascension mélodique (Shepard Tone Choral).

Contraste
– Le voyeurisme réflexif de Penthée entre la ZThèbes et la ZRituel. La modulation phonétique d’Agavé dans la ZRituel.

Agavé prononce les répliques du Chœur, en dialogue avec le Messager (vv. 977-1167).
Les vers du Second Messager sont dits par l’unique Messager, qui se réveille avec la secousse.
La panique descriptive est stabilisée, bien qu’il bégaie, entrecoupant le discours avec douces mélodies élégiaques.
Il part à la recherche de Penthée. Cependant, il ne veut rien lui raconter. La panique devient la recherche elle-même.
Le Messager est continuellement repoussé des chemins par où passe Penthée. Sa poursuite est continuellement déviée.
Ce sont les Bacchantes qui interagissent avec les spectateurs qui répondent au Messager, reprenant de nouveau les répliques du Choeur.
Quand l’Étranger dit : “Le reste, les événements le démontreront” (v. 976), le cercle s’ouvre et Agavé conduit la propagation des Bacchantes dans l’espace.
L’ascension mélodique qu’elles chantaient est brisée.
Tirésias demeure dans la ZRituel, dans un état catatonique, sombre, isolé.
C’est Agavé qui trouve Penthée, qui meurt sur place, sans image.
Les lumières s’éteignent quelques instants avant le déchirement.
COUPURE TOTALE.
On entend les cris de Penthée et la joie ténébreuse de sa mère.
Les Trois Gardes tombent, chacun à un sommet de la ZPrison.
Cinq faisceaux de lumière douce sur leurs corps:
Concentré sur un bras
Sur une jambe
Sur le cou
Sur l’autre jambe
Et sur le torse.
Un sixième faisceau sur le visage de Penthée tombé.
Ensuite, un excès de lumière blanche exaspère les miroirs
Pendant quatre secondes.
Et s’éteint brusquement.
Les six faisceaux se rallument.

La lumière faiblit.

Cadmos se dirige vers la ZRituel, où il recueille solennellement les vêtements de sa fille.
Les Ménades Thébaines tombent aux endroits où elles avaient commencé la pièce.
L’une d’elles s’allonge sur le corps de Penthée.
Agavé, tragiquement triomphale. Les répliques du Choeur dans son dialogue avec Agavé (vv. 1168 – 1215) sont prononcées par les Ménades Asiatiques, perpétuant ainsi la moquerie, l’ironie, la dissimulation.
Celles qui étaient venues avec le dieu n’étaient pas là pour sauver qui que ce soit.
Quand le dialogue s’achève, Agavé tombe, dans la zone la plus vaste et dépourvue de miroirs de la ZThèbes.
Les Ménades Asiatiques s’immobilisent.

(scène de la psychothérapie)
Cadmos trouve Agavé, étendue.
Agavé se relève, avec une main paralysée, raide, comme si, au lieu de porter la tête de Penthée empalée sur le thyrse, elle l’avait faite partie de son corps halluciné.
Elle s’agenouille lentement devant un miroir, au fur et à mesure que le dialogue se déroule.
Les Femmes Thébaines s’approchent à mesure que la scène s’intensifie.
Les Ménades Asiatiques se dirigent hors de l’arène, dans toutes les directions.
Celles qui sortent par la ZRituel forment silencieusement une sphère et évacuent l’espace.
Tirésias, désolé, dans la ZRituel, les rejoint et sort.
Agavé se tord comme un animal blessé.
Cadmos derrière elle, portant dans ses bras les haillons de sa fille.
Les Femmes Thébaines s’approchent, se tournent de dos et forment un demi-cercle convexe.
Quand Cadmos dit ses derniers vers (v. 1216) :

“Segui-me, ó vós que trazeis esse fardo miserando de Penteu.”

il ne sait déjà plus ce qu’il dit.
Cadmos se retire. Agavé répond (vv.1382-2) à son père, déjà absent.
Agavé et les Femmes Thébaines demeurent immobiles.
Les lumières s’éteignent.
Les acteurs ne se retirent que lorsque tous les spectateurs sont sortis.

– Baobá